La crise ukrainienne va mettre Emmanuel Macron au pied du mur sur l’écologie et la souveraineté européenne

La crise entre l’Ukraine et la Russie vient de connaître un nouveau rebondissement. Kiev a accusé Moscou de s’être emparé ce dimanche de trois de ses navires après leur avoir tiré dessus dans le détroit de Kertch, qui marque l’accès à la mer d’Azov, située entre l’Ukraine et la Crimée. L’Ukraine assure avoir averti la Russie à l’avance de l’itinéraire de ses navires et réclame des sanctions contre son voisin alors que la Russie affirme avoir arraisonné les navires ukrainiens car « ces navires de guerre étrangers ont pénétré dans les eaux de la Russie, ne répondant à aucune sommation de nos gardes-frontières » à en croire le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. Difficile de savoir qui dit vrai dans cette histoire et inutile de compter sur les médias occidentaux pour nous éclairer sur le sujet étant donné leur prisme résolument anti-russe.

Au-delà de la gravité de cet incident qui risque de relancer les tensions entre les deux pays, cette affaire va avoir l’avantage de mettre le président français au pied du mur. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette crise permet au président américain de revenir à la charge sur l’une de ses principales préoccupations géopolitiques. A savoir, comment torpiller le projet du gazoduc Nord Stream 2. Celui-ci prévoit la construction de deux conduites, longue chacune de 1.200 kilomètres, reliant le littoral russe à l’Allemagne via la mer Baltique. Sa capacité totale sera de 55 milliards de mètres cubes par an. L’avantage pour l’Allemagne et la France est de bénéficier d’un approvisionnement stable et surtout d’un gaz beaucoup moins cher. Mais voilà, cela ne plaît pas, mais alors pas du tout, aux Américains et aux Ukrainiens. Les Etats-Unis ont exigé à plusieurs reprises des pays européens qu’ils ne participent pas au projet Nord Stream 2, allant jusqu’à brandir la menace de sanctions à leur encontre.

D’ailleurs, pour que ceux-ci comprennent bien le message, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo et son homologue ukrainien Pavel Klimkine lors de leur rencontre le 16 novembre dernier à Washington ont décidé de poursuivre leurs efforts communs visant à mettre un terme au projet du gazoduc Nord Stream 2 : «Nous allons continuer de travailler ensemble afin d’arrêter le projet Nord Stream 2 qui sape la sécurité économique et énergétique de l’Ukraine et menace de compromettre davantage la souveraineté des nations européennes qui dépendent du gaz russe» a ainsi déclaré le chef de la diplomatie américaine. N’est-il pas comique de voir l’administration de « L’America First » prétendre se soucier de la souveraineté de l’Europe ? L’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, en a rajouté une louche en affirmant que Washington avait de «nombreux instruments» pour arrêter la construction du gazoduc qui, selon lui, rendrait vulnérable l’Europe et les États-Unis. Le gazoduc russe a surtout l’inconvénient pour Washington de rendre caduque la nécessité pour les Européens de se tourner vers le gaz de schiste américain.

Ce qui est évident, c’est que cette nouvelle crise tombe à pic pour les Américains. La porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert, s’est empressée de déclarer que « Les Européens doivent faire davantage pour soutenir l’Ukraine face à la Russie ». Je vous laisse deviner comment… « C’est une question que ces pays devraient se poser : est-ce qu’ils veulent poursuivre avec Nord Stream 2, qui aide le gouvernement russe ? » a ainsi demandé la porte-parole américaine. Alors, que va faire Emmanuel Macron ? Lui, qui s’est déclaré en faveur de la construction d’une armée européenne afin de défendre les intérêts stratégiques de l’Europe va-t-il baisser le pavillon devant les injonctions américaines ? Lui, qui taxe son peuple au nom de la transition écologique va-t-il abandonner le gaz russe au profit d’un gaz de schiste américain moins bon marché et moins écologique, de par sa nature et par le coût que nécessiterait son transport par des milliers de navires traversant l’Atlantique ? On va savoir maintenant si le locataire de l’Elysée possède de véritables convictions sur ces sujets ou si il ne s’agit que de beaux discours. Les masques vont devoir tomber. Et si la crise des Gilets Jaunes devait finalement se résoudre quelque part en mer d’Azov ?

Laurent Dayona

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