Maturité bavaroise

L’échec de la CSU est historique. Avec 37 % des suffrages elle obtient son plus mauvais score depuis 50 ans et perd sa majorité absolue au Parlement régional. Elle est très loin des 47 % qui lui avait permis d’obtenir cette majorité lors des dernières élections en 2013. Pourtant les électeurs de la CSU n’ont pas disparu. Ils ne se sont pas réfugiés dans l’abstention. Ils sont simplement partis voir ailleurs. Avec près de 11 % pour le parti identitaire de l’AFD et pour le parti régionaliste Freie Wahler, ayant également adopté un discours radical à l’encontre de l’immigration, les électeurs Bavarois ont tout simplement fait preuve d’une grande maturité politique.

Principale victime de la décision irresponsable d’Angela Merkel d’ouvrir grandes les frontières au tsunami migratoire de 2015, la Bavière n’a pas oublié. Et surtout elle n’a pas pardonné à la CSU son double jeu permanent. Ses responsables ont cru qu’en prenant verbalement leurs distances avec la chancelière cela suffirait à duper les électeurs. Quelle erreur. Quelle arrogance. Quel mépris. Car si d’un côté la CSU n’avait pas de mots assez dures pour fustiger la politique migratoire d’Angela Merkel, de l’autre elle se gardait bien de rompre allant même jusqu’à reconduire la coalition avec la CDU et le SPD au lendemain des élections législatives de septembre 2017. Certes, la majorité conservatrice à Münich a bien tenté de donner des gages à son électorat comme l’imposition d’une croix chrétienne dans l’entrée de tous ses bâtiments publics pour acter la « reconnaissance des racines chrétiennes » de la Bavière. Mais c’était trop peu, trop tard.

Car en dépit des psychodrames à répition à Berlin où le ministre de l’Intérieur et président de la CSU, Horst Seehofer, conscient qu’il risquait de perdre la majorité absolue dans sa région, multipliait les menaces à l’encontre de la chancelière, tout le monde a fini par comprendre que tout cela n’était que du théâtre. Du grand Guignol. Les élus bavarois, bourgeois et repus, se moquaient bien en réalité de l’avenir identitaire de la Bavière ou de l’Allemagne, du moment que leurs avantages acquis étaient sauvegardés. Ils n’ont pas compris que le citoyen bavarois se contentera de moins en moins d’avoir un travail bien payé, une belle maison et une porsche si dans le même temps il a l’impression que l’avenir identitaire de ses enfants est menacé. Une partie de l’électorat de la CSU s’est donc logiquement tourné vers deux nouveaux partis dont les positions sur la question migratoire ou la progression de l’islam avaient au moins le mérite de la franchise et de la clarté. L’échec historique de la CSU est avant tout l’échec de la duplicité en politique. Les électeurs bavarois ont signifié dimanche que désormais les actes primaient sur les postures. Une belle leçon que les partis conservateurs européens feraient bien de retenir…

Laurent Dayona

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