De la francophonie à la francophobie

L’anecdote est belle même si je ne suis pas convaincu qu’elle soit authentique. Alors que de nombreux officiers étaient venus se plaindre auprès de l’empereur que les soldats français d’origine alsacienne persistaient à parler en « allemand » (en vérité en alsacien), Napoléon 1er leur aurait superbement rétorqué : « Peu m’importe qu’ils parlent en allemand du moment qu’ils sabrent en français ». Cet épisode de l’histoire napoléonienne est revenu à ma mémoire à l’occasion du sommet de la francophonie qui se déroule actuellement à Erevan, capitale de l’Arménie.

A cette occasion, le président de la République, Emmanuel Macron, a apporté son soutien à la candidature de la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, pour le poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) bien que la Canadienne Michelle Jean, qui occupe actuellement le poste, brigue un nouveau mandat. Or, Louise Mushikiwabo est la ministre rwandaise des affaires étrangères du si peu démocratique président Paul Kagamé. Un président et un régime qui ne cesse d’insulter la France, de l’accuser d’un génocide, accusation gravissime si il en est, qu’elle n’a en rien commis ni favorisé. Mais le plus surprenant dans cette candidature c’est qu’elle est issue d’un pays dont le régime a posé des actes en contradiction totale avec les objectifs de la Francophonie.

Alors que cette dernière a pour mission de promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique, le gouvernement de Paul Kagamé a décidé brutalement en 2010 de basculer l’enseignement officiel dans son pays du français… à l’anglais. A cela il convient d’ajouter qu’il a également décidé de faire de l’anglais la langue de l’administration au dépend du français. Et, cerise sur le gâteau, en 2014, le gouvernement rwandais a même procédé à la destruction du centre culturel franco-rwandais qui avait pour mission de promouvoir la culture et la langue française au Rwanda (photo). A croire que pour diriger l’Organisation internationale de la francophonie il faut désormais s’afficher comme un parfait francophobe. Emmanuel Macron n’est pas Napoléon 1er. Je ne sais pas ce qu’il aurait répondu à ses officiers dans la même situation mais je sais qu’en 2018 il porte le message suivant : « Peu m’importe qu’ils favorisent l’anglais, du moment qu’ils nous crachent dessus en français… ».

Laurent Dayona

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