Ah, si j’étais Russe… (air connu)

Pour son plus grand malheur, Jamal Khashoggi n’est pas russe. Sa disparition, et son probable assassinat, aurait fait la UNE des plus grands quotidiens occidentaux. Une campagne médiatique de grande ampleur aurait été lancée. Impossible d’ouvrir sa télévision ou d’écouter sa radio sans tomber sur des éditoriaux assassins contre le pouvoir du Kremlin. Le Quai d’Orsay aurait convoqué l’ambassadeur russe tandis que la Commission de Bruxelles se serait immédiatement mise au travail pour élaborer un énième train de sanctions contre la Russie avec « l’amicale » pression de Washington qui n’aurait pas été en reste dans l’offensive pour mener la charge contre Vladimir Poutine en dépit de la présence de Donald Trump à la Maison Blanche.

Oui mais voilà, Jamal Khashoggi est de nationalité saoudienne. C’est pour cette raison que cet opposant au régime en place s’était rendu début octobre dans le consulat de son pays en Turquie pour obtenir des documents. Et puis… plus rien. La France s’est déclarée « préoccupée » ajoutant qu’elle souhaitait que les faits soient rapidement éclaircis. Une semaine, c’est le temps qu’il aura fallu pour que le Quai d’Orsay ponde ce communiqué laconique pour ne pas dire minimaliste. Que voulez-vous, le prince héritier Mohammed Ben Salman (photo) n’est pas russe. La même discrétion, la même lâcheté et la même compromission se retrouvent dans toutes les capitales occidentales. On retrouve ce processus à l’oeuvre concernant la guerre que mène Ryad au Yémen. Alors que le moindre crime du régime syrien fait l’objet d’un traitement médiatique et diplomatique qui frise parfois l’hystérie, les crimes du régime saoudien contre la minorité chiite des Houthis se perdent dans une quasi indifférence ou dans un silence gêné dans le meilleur des cas.

Pourtant, quels sont les principaux périls pour l’Europe ? L’islamisation et le terrorisme. Or, ces maux sont financés en grande partie par l’Arabie Saoudite ou le Qatar. Ces pays financent la construction de mosquées professant un islam ultra-rigoriste aux antipodes des valeurs occidentales qui embrigadent et enferment de nombreux musulmans dans une idéologie extrémiste. Sur le plan doctrinal les djihadistes qui frappent l’Europe depuis plusieurs années sont proches de l’Arabie Saoudite wahhabite. Tous nos dirigeants savent cela. Et pourtant ils font comme si de rien n’était. Tout cela est malheureusement logique puisqu’une partie de notre classe politique et économique a vendu son âme aux pétromonarchies du Golfe en échange des intérêts financiers (dettes étatiques), économiques (contrats d’armement par exemple), stratégiques (pétrole) ou individuels (corruption). Le résultat est que l’Arabie Saoudite dispose d’un crédit d’impunité qui semble illimité. Mieux, on est tenu de voir dans l’Arabie Saoudite une alliée, une amie. Ce qui est certain, c’est qu’avec un ami comme celui-là, on n’a nullement besoin d’un ennemi.

Laurent Dayona

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