Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup

L’histoire de la politique est remplie de tartufferies. La dernière en date nous vient de nos amis britanniques. Le président du parti travailliste, Jeremy Corbyn, a fait très fort dans ce domaine lors du dernier congrès de son parti à Liverpool. Si Theresa May s’est donnée comme ambition de « réeanchanter le Brexit », son principal opposant semble vouloir quant à lui revivifier la fameuse formule « faire prendre des vessies pour des lanternes ». De quoi s’agit-il ?

Devant ses partisans le leader travailiste s’est dit « prêt à prendre les rennes et à reconstruire la Grande-Bretagne ». Jusque-là rien d’anormal. Mais il a également affirmé, chose nouvelle pour lui, qu’une fois arrivé au pouvoir il n’écartait aucune option dont celle d’un nouveau référendum sur l’avenir de la relation entre le pays et l’Union européenne. Il a précisé sa pensée en déclarant qu’il était favorable à une position de compromis qui inclurait le maintien dans une union douanière avec l’Europe. Quant au responsable du Labour en charge du Brexit, Keir Stramer, il a carrément affirmé que « Personne n’exclut le maintien dans l’UE ». Exit le Brexit donc…

Oui mais voilà, en même temps, comme dirait Manu, le chef des travaillistes a validé un programme économique pour le moins radical. Il propose d’imposer aux entreprises un tiers des sièges dans les conseils d’administration et 10 % du capital aux employés. Il veut financer un fonds «de solidarité» pour le logement en doublant les taxes sur les résidences secondaires. Mais surtout, il propose de re-nationaliser les services publics (rail, eau, énergie, poste). Concernant cette dernière mesure je vous laisse imaginer la tête de la Commission de Bruxelles…

Bref, ce joli programme axé sur les nationalisations, les dépenses publiques et qui fleure bon les années 70 est parfaitement incompatible avec la philosophie libérale de Bruxelles et les règles européennes. Quand on sait que l’écrasante majorité des militants travaillistes qui ont voté en faveur de ce programme sont également en cas de nouveau référendum pour le maintien dans l’Union européenne, on mesure toutes les illusions de ces militants et le désarroi qui ne manquera pas de s’ensuivre puisque le seul moyen de pouvoir appliquer ce programme économique serait… d’appliquer le Brexit. Bonjour la contradiction.

D’ailleurs, conscient que son programme économique suscite l’inquiétude de la City de Londres, au point que les financiers en viendraient à redouter davantage une arrivée des travaillistes au pouvoir qu’un Brexit sans accord, Jeremy Corbyn a tenté de les rassurer : « Le milieu des affaires n’a aucune raison d’avoir peur ». Cette attitude du leader de la gauche n’est pas sans rappeler un certain François Hollande qui, au lendemain de son meeting lançant sa campagne présidentielle où il avait déclaré que son « véritable adversaire était le monde de la finance », il s’était précipité à Londres quelques jours plus tard pour rassurer tout ce petit monde.

Martine Aubry avait pour coutume de dire à propos du programme de François Hollande que lorsque « c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Le flou chez les travaillistes britanniques est si épais qu’il pourrait bien dissimuler toute une meute.

Laurent Dayona

Publicités


Catégories :Royaume Uni

%d blogueurs aiment cette page :