Rendre sa puissance à l’Europe : le cas groenlandais

Si il était besoin de démontrer l’impérative nécessité de construire un Etat européen fédéral capable d’assumer sa défense et de défendre ses intérêts stratégiques, l’exemple groenlandais en est sans aucun doute la parfaite illustration. Le Groenland est une province autonome du Danemark située dans l’Arctique et un territoire d’outre-mer associé à l’Union européenne. Depuis quelques années, la Chine a lancé une véritable offensive économique. Les investissements chinois visent essentiellement les infrastructures aéroportuaires et les ressources minières telles que les terres rares, le zinc, le fer ou encore l’uranium. Dans l’esprit des dirigeants communistes le Groenland doit servir de tête de pont pour développer leur projet de nouvelle route maritime polaire qui s’inscrit dans la nouvelle perspective stratégique qu’offre le réchauffement climatique.

Cela va sans dire que Copenhague ne voit pas cette offensive d’un très bon oeil. Le gouvernement a décidé de réagir en lançant à son tour des investissements dans le domaine aéroportuaire dans le but de supplanter Pékin dans un domaine qu’il considère comme relevant de sa sécurité militaire. Je ne peux qu’approuver cette initiative. Le Groenland est un territoire stratégique important pour les Européens. Malheureusement, cette réaction danoise n’est pas uniquement motivée par la seule défense légitime des intérêts stratégiques de l’Europe.

Car l’offensive chinoise inquiète également un autre acteur. Les Etats-Unis disposent au Groenland d’une base militaire à Thulé et Washington est persuadé que les investissements économiques de Pékin préfigurent l’implantation de bases militaires sur l’île-continent à l’image de ce qui se passe en Afrique ou en Asie. Pour l’Amérique et l’OTAN une telle perspective est tout simplement intolérable. C’est dans cette logique qu’il faut replacer l’attitude du Danemark. Ce petit royaume scandinave agit davantage sous la pression de la Maison Blanche que par patriotisme. Et il en sera toujours ainsi tant que les Etats européens préféreront remettre la défense de leur sécurité entre les mains d’une puissance étrangère. Le Groenland n’appartient ni aux Etats-Unis ni à la Chine. Il est plus que temps de rendre sa puissance à l’Europe.

Laurent Dayona

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Catégories :Danemark, Groenland

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