Au Québec aussi…

On prête à l’écrivain français Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) la maxime suivante : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Peu importe que cette citation soit apocryphe ou non. La formule est belle et elle a le mérite de résumer parfaitement ce que nous vivons dans la plupart des pays occidentaux.

De l’Australie aux Etats-Unis, du Royaume uni à l’Allemagne en passant par l’Italie, la Hongrie etc… partout les peuples autochtones crient leur malaise identitaire et culturel.  Face à cette situation, nos élites politiques, intellectuelles ou médiatiques préfèrent se réfugier dans la stigmatisation et les lamentations. Elles refusent obstinément de voir que leurs politiques migratoires sont directement à l’origine de ce profond malaise et de cette révolte démocratique. Loin de se remettre en cause et de modifier leur approche des problèmes migratoires, nos élites préfèrent critiquer les populations qui disent de plus en plus fort « Trop c’est trop, assez ».

Selon nos dirigeants, non seulement les populations locales devraient supporter sans sourciller les conséquences néfastes de ces bouleversements démographiques, religieux et culturels, dont l’ampleur dans nos pays n’a aucun équivalent historique sur une période aussi courte, mais elles devraient en prime afficher un large sourire béat. Malheureusement pour nos élites, ce n’est pas le chemin que semble vouloir suivre le peuple. Ce que le journaliste britannique Douglas Murray a parfaitement résumé par cette jolie formule : « L’Europe est en train de se suicider. Du moins ses dirigeants en ont-ils décidé ainsi. Que les Européens l’acceptent, en revanche, est une autre histoire ».

Nous venons d’en avoir une nouvelle illustration dans la province canadienne du Québec. Le candidat qui a remporté les élections législatives dans la région francophone et qui accède au poste de Premier ministre, François Legault, immédiatement taxé comme il se doit de « populisme » par la presse française, a centré sa campagne sur les problèmes liés à l’immigration. Il a notamment proposé de réduire le nombre d’immigrants de 50.000 à 40.000 chaque année et de n’accueillir que des migrants qui parlent français. Cette double proposition, somme toute modeste, fait dire à nos éditorialistes que le Québec a choisi… le repli sur soi (soupir). On mesure ici la fracture gigantesque entre une population qui a simplement voté pour un candidat qui veut enrayer le déclin de la langue française, maintenir l’identité québécoise et contrôler l’immigration et un establishment qui n’a que mépris pour toutes ces préoccupations « populistes ».

Il faut pourtant croire que ces questions sont d’une importance cruciale pour les Québécois si l’on en juge « l’exploit » réalisé par le vainqueur. Le chroniqueur politique Antoine Robitaille a parfaitement résumé la performance dans Le Journal de Montréal : « Fonder un parti, déloger le parti québécois, la formation de l’alternance naturelle depuis les années 1970 et désactiver le clivage fondamental entre souverainistes et fédéralistes… C’est le type d’exploit que peu de chefs politiques ont réussi à réaliser dans notre histoire ». Et tout cela au nom de la défense de l’identité québecoise. Au vu des résultats surprenants des législatives dans la Belle Province, il semble que Jacques-Bénigne Bossuet a bel et bien traversé l’Atlantique.

Laurent Dayona

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