Bonnes nouvelles du monde musulman

La chose n’est pas si fréquente pour ne pas devoir la souligner. Durant le mois d’août deux bonnes nouvelles nous sont parvenues depuis le monde musulman. La première en provenance de Tunisie. La seconde en provenance du Somaliland. Toutes les deux concernent la situation des femmes. Toutes les deux sont fragiles et demandent confirmation dans la durée. Mais toutes les deux sont porteuses d’espoir.

En Tunisie, le président réformateur Béji Caïd Essebsi a annoncé son soutien à un texte visant à rendre hommes et femmes égaux en matière d’héritage contrairement à la loi actuelle qui, s’appuyant sur le droit islamique, c’est-à-dire sur le Coran, prévoit qu’un homme hérite le double d’une femme du même degré de parenté. Cette décision a bien entendu provoqué un tollé parmi les islamistes, hommes et femmes compris, qui hurlent déjà au non respect des règles islamiques. Vu leur importance dans la société tunisienne et leur poids politique au parlement, la bataille s’annonce difficile. Mais il s’agit d’une bataille décisive. Comme l’a si bien dit Bochra Belhaj Hmida, la présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), en cas de victoire les femmes tunisiennes donneront « de l’espoir à toutes les femmes dans le monde arabe ». Une victoire pourrait entraîner un effet domino aux conséquences incalculables. On sait que le débat sur l’héritage commence à agiter la société marocaine. Mais il convient cependant de rester prudent. L’échec cuisant des espoirs suscités par le « printemps arabe » est encore dans tous les esprits. Surtout, il y a une erreur à ne pas commettre. L’Occident doit se garder de donner des leçons et d’intervenir. C’est aux Tunisiennes et aux Tunisiens de faire l’histoire.

Ce qui se passe actuellement au Somaliland est sans doute encore plus spectaculaire. Ce pays, qui n’en est pas un officiellement puisque le Somaliland s’est autoproclamé indépendant en 1991 en se séparant du reste de la Somalie, n’est pas aussi avancé que la Tunisie qui dispose de la législation la plus libérale du monde musulman pour les femmes. Le Somaliland est encore une société archaïque qui ne disposait à ce jour d’aucune législation pour rendre justice aux victimes des viols, des agressions sexuelles, des mariages forcés ou de l’esclavage sexuel. Seuls trois petits articles très ambigus d’un code pénal datant de 1962 évoquaient ces situations mais dans la pratique les cas étaient gérés par la loi coutumière, à travers des négociations entre les familles ce qui conduisait notamment au mariage forcé entre un violeur et sa victime !!! Quand je parlais d’archaïsme… Or, le président du Somaliland, Muse Bihi Abdi, a entériné au mois d’août une loi sur le viol et les infractions sexuelles leur conférant une législation propre avec des peines sévères : jusqu’à 30 ans de prison pour les violeurs ou la perpétuité pour ceux qui infecteraient leurs victimes avec le virus du Sida. La loi inclut aussi les viols en réunion. Reste le plus difficile pour le président et les partisans de cette loi. La faire appliquer par les familles, les juges, les avocats et les policiers dans une société qui demeure féodale. Mais les femmes disposent désormais d’un outil d’émancipation, de défense et d’espoir. Et au Somaliland c’est déjà beaucoup.

D.B.

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