Allemagne : naissance d’un parti d’extrême gauche anti-immigration

Passé largement inaperçu en France, un événement aux conséquences potentiellement incalculables vient de se produire en Allemagne. Sahra Wagenknecht, présidente du groupe parlementaire Die Linke («La Gauche»), qui regroupe ex-communistes de RDA et dissidents de l’aile gauche des sociaux-démocrates, a annoncé le lancement, le 4 septembre d’Aufstehen – «Debout» en français -, un mouvement politique ayant vocation à réunir les membres de tous les partis de gauche autour de valeurs antilibérales sur le modèle de Podemos ou de Syriza. À première vue, rien que de très classique, mais Sahra Wagenknecht présente une grande nouveauté: elle se propose de rompre radicalement avec la culture immigrationniste des partis de gauche européens.

La présidente du groupe parlementaire Die Linke affirme sa volonté de «mettre la pression» sur les partis de gauche allemands «pour qu’ils engagent une autre politique migratoire». Sahra Wagenknecht appelle à en finir avec la «bonne conscience de gauche sur la politique de l’accueil» promue par des responsables «vivant loin des familles modestes qui se battent pour défendre leur part du gâteau». «Une frontière ouverte à tous, c’est naïf, ajoute-t-elle. Ce n’est surtout pas une politique de gauche» car les milliards dépensés par la chancelière depuis 2015 pour accueillir les migrants «auraient permis d’aider beaucoup plus de nécessiteux en Allemagne».

Les propos de Sahra Wagenknecht s’inscrivent dans une vision économique: «Plus de migrants économiques signifie plus de concurrence pour décrocher des jobs dans les activités à bas salaire», a-t-elle argumenté. C’est pour l’égérie de Die Linke une voie sans issue qui tire les salaires vers le bas et répond aux aspirations du patronat exprimées à maintes reprises par le soutien du Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI, le Medef allemand) à la politique migratoire d’Angela Merkel. L’intéressée observe également que, a contrario, en Grande-Bretagne, la perspective du Brexit provoque actuellement une augmentation des salaires.

De ce constat, Sahra Wagenknecht tire une ambition et une stratégie politique: reconquérir l’électorat ouvrier attiré par les promesses de l’AFD (Alternative für Deutschland), le parti de la droite dure, qui vient de faire son entrée au Bundestag. «Nous ne voulons pas nous contenter de constater que les mécontents se jettent dans les bras de l’AFD parce qu’ils ne sentent plus compris par personne, plaide-t-elle. Beaucoup d’électeurs de l’AFD sont des protestataires, mais ce ne sont pas des racistes, seulement des gens qui ont le sentiment que la politique les laisse en plan.»

Nul ne peut prédire l’avenir de ce mouvement. Une tentative faite par Thilo Sarrazin, auteur du best-seller L’Allemagne disparaît, paru en 2009, avait fait long feu sous les coups répétés des caciques du SPD. Mais, membre de la fondation Ebert – le think-tank du parti social-démocrate – et du directoire de la Bundesbank, ce n’était pas un homme politique de premier plan. C’était un intellectuel qui gravitait dans les cercles du pouvoir.

L’initiative de Sahra Wagenknecht a une autre dimension. Elle est soutenue par Oskar Lafontaine, cofondateur de Die Linke (et son ex-mari), ancien ministre social-démocrate et tombeur de Gerhard Schröder en 2005. Des personnalités diverses comme le fils de Willy Brandt la soutiennent. Le Spiegelestime à environ 70.000 le nombre de militants qui ont rejoint Sahra Wagenknecht sur son site.

Son initiative n’est pas isolée en Europe. Elle participe de la redéfinition des politiques migratoires de tous les pays d’Europe centrale. Par des dirigeants de droite comme en Pologne, en Hongrie et en Autriche ; mais aussi par des dirigeants de gauche. À Prague, le président Milos Zeman, fondateur du parti social-démocrate tchèque, vient ainsi de déclarer brutalement: «L’ennemi, c’est cette anticivilisation qui s’étend de l’Afrique du Nord à l’Indonésie.» (…)

Source : Le Figaro

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