L’intérêt de l’Europe est-il de sacrifier l’Iran ?

Les grandes manoeuvres sont en cours à Washington. Alors que l’Etat profond n’a toujours pas digéré la couleuvre de l’entrevue d’Helsinki entre Vladimir Poutine et Donald Trump (ici) et qu’il n’en fini pas de s’étrangler devant l’annonce d’une nouvelle rencontre dès cet automne, qui plus est à Washington, le président américain est dans l’obligation de ménager ses ennemis qui bien qu’affaiblis par l’uppercut diplomatique de la Maison Blanche n’en demeurent pas moins très puissants et nuisibles. Et pour cela quoi de mieux que de taper sur un ennemi commun qui permettra d’unir derrière Donald Trump toute l’Amérique. La république islamique d’Iran répond à ce profil. C’est dans cette perspective qu’il convient de replacer la réponse virulente du président américain au président iranien. Le premier a lancé un avertissement sur Twitter à Hassan Rohani après que ce dernier ait mis en garde les États-Unis contre les risques d’un conflit entre les deux pays.

Au président iranien Rohani : NE MENACEZ PLUS JAMAIS LES ÉTATS-UNIS OU VOUS EN SUBIREZ DES CONSÉQUENCES TELLES QUE PEU DANS L’HISTOIRE EN ONT SUBI. NOUS NE SOMMES PLUS UN PAYS PRÊT À TOLÉRER VOS PAROLES DÉMENTES PLEINES DE VIOLENCE ET DE MORT. FAITES ATTENTION !”.

Il semble évident que Donald Trump veut sincèrement se rapprocher de la Russie. Mais comme on vient de le voir, les opposants à cette stratégie sont nombreux, malhonnêtes et puissants. Pour pouvoir agir à sa guise encore faut-il qu’il puisse avoir une marge de manoeuvre suffisante. Une guerre contre l’Iran pourrait couper l’herbe sous les pieds de ses opposants qui l’accusent de trahison pour sa politique de rapprochement avec Moscou tout en offrant une diversion qui détournerait et mobiliserait une grande partie des capacités de l’Etat profond. En frappant Téhéran, l’objectif de Donald Trump serait double : inscrire ses pas dans la politique traditionnelle des Etats-Unis tout en renversant la table diplomatique en assumant un rapprochant inédit avec la Russie.

En tant qu’Européen j’ai toujours défendu une approche pragmatique vis-à-vis de l’ancienne Perse. Bien que n’ayant aucune attirance pour le régime islamique iranien, j’ai toujours estimé que ce pays n’était pas un ennemi de notre civilisation. Il ne s’agit pas ici de défendre le régime des fanatiques de Téhéran. Celui-ci est détestable et je n’ai aucun mansuétude pour lui. Mais la géopolitique n’est pas une affaire de morale ni de sentiments. C’est avant tout du pragmatisme. Quels sont les principaux périls pour l’Europe ? L’immigration, l’islamisation et le terrorisme. Or, aucun de ces maux n’est financé par l’Iran chiite. En revanche, ceux-ci sont financés par l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Pakistan, le Qatar etc… Toutes des puissances sunnites. D’ailleurs, je vous pose la question : sur le plan doctrinal les djihadistes qui frappent l’Europe depuis plusieurs années sont-ils plus proches de l’Iran chiite ou de l’Arabie Saoudite wahhabite ? Vous connaissez la réponse. Nos dirigeants connaissent la réponse. Malheureusement, une partie de notre classe politique et économique a vendu son âme aux pétromonarchies du Golfe en échange des intérêts financiers (dettes étatiques), économiques (contrats d’armement par exemple), stratégiques (pétrole) ou individuels (corruption). Si l’arc chiite qui prend forme au Moyen Orient inquiète, à juste titre, Washington, Tel Aviv et Ryad, c’est leur problème. Pas le notre.

Cependant, au vu des changements que le président américain tente de mettre en oeuvre dans ses relations avec la Russie, les Européens vont immanquablement devoir se poser une question : un rapprochement entre Washington et Moscou est-il dans l’intérêt des Européens ? Si la réponse s’avérait positive alors le sacrifice de l’Iran pourrait devenir une nécessité géopolitique.

D.B.

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Catégories :Union européenne

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