Qui sera le nouveau Lee Harvey Oswald ?

Je me suis trompé (ici). Je pensais sincèrement que la décision de Donald Trump de rompre l’accord nucléaire avec l’Iran marquait une reprise en main de la Maison Blanche par l’Etat profond américain. Il semble qu’il n’en est rien. Il suffit de lire aujourd’hui la presse américaine ou européenne pour s’en rendre compte. Jamais l’hystérie contre le président américain n’a atteint un tel degré. La raison de cette colère ? Le désir de Donald Trump de coopérer avec Vladimir Poutine afin d’écrire un nouveau chapitre dans les relations entre Washington et Moscou. Ce que le président américain a résumé de manière laconique : « les relations entre les Etats-Unis et la Russie étaient les pires depuis des années, jusqu’à il y a quatre heures ». Et d’enfoncer le clou en affirmant que désormais les deux pays se rencontreront souvent « parce qu’il vaut mieux se parler plutôt que de s’affronter ». On imagine sans peine la tête des néo-conservateurs. Ils avaient tout misé sur Hillary Clinton car dès le départ leur profonde hostilité envers Donald Trump tenait principalement au fait qu’il menaçait, selon eux, les intérêts traditionnels de l’Etat profond américain basé notament sur un antagonisme permanent avec la Russie. Aujourd’hui on peut reconnaître qu’ils avaient raison. On est loin, en effet, de la politique étrangère qui aurait été mise en place avec Hillary Clinton. Les néo-conservateurs n’ont jamais digéré l’élection du milliardaire et ne l’accepteront jamais.

Mais Donald Trump ne s’est pas contenté d’aller à l’encontre de leur stratégie militaro-diplomatique agressive. Hier, à Helsinki, il a carrément adressé un bras d’honneur à tout l’establishment américain en refusant obstinément de condamner Moscou pour son ingérence supposée dans la campagne présidentielle américaine. Ce refus a immédiatement été qualifié de « trahison » ce qui dans un pays comme les Etats-Unis est une accusation qui pèse lourd, très lourd même. Logiquement, les démocrates sont les plus virulents. Joe Biden, vice-président de Barack Obama a parlé de déshonneur et d’affaiblissement du pays. Bernie Sanders, ancien candidat à la primaire démocrate, a qualifié le président américain d’idiot. Mais les réactions dans les rangs des Républicains, dont une grande partie n’a jamais accepté l’élection de Donald Trump, sont tout aussi sévères. Bien entendu, le sénateur John Mc Cain qui ne sera satisfait que le jour ou une bombe nucléaire sera lancée sur la Russie, ou à tout le moins lorsqu’un pantin ridicule à la sauce Boris Eltsine régnera sur le Kremlin, n’a pas été le dernier pour livrer son commentaire acide en estimant selon sa modération bien connue que « la journée d’aujourd’hui est le pire moment de l’histoire de la présidence américaine ». Le Speaker républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a estimé quant à lui qu’il n’y avait aucun doute que les Russes aient interféré avec les élections de 2016. Quant à Richard Haass, président du comité des relations étrangères, il a cru bon de rappeler que la constitution américaine prévoyait des contre-pouvoirs et que le président ne décidait pas seul. Enfin, le leader des républicains au sénat, Mc Connell, a estimé pour sa part que « les russes ne sont pas nos amis. C’est une erreur grave de prétendre le contraire ».

Il faut dire que pour l’oligarchie le coup est rude. Elle pensait pourtant avoir verrouillé la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine en instrumentalisant une nouvelle fois l’enquête menée par le procureur Robert Mueller. Ce dernier, 24 heures avant la rencontre, sans doute par le plus grand hasard, avait mis en exament 12 citoyens russes dans le cadre de son enquête sur les supposées interférences russes dans l’élection de Donald Trump. Tous les experts et les commentateurs étaient d’accord pour affirmer que ce coup de théâtre « providentiel » empêcherait tout rapprochement flagrant entre les deux dirigeants. Caramba, encore raté ! Cela étant dit il est permis de se demander ce qui pousse Donald Trump à agir ainsi. Les démocrates estiment que son comportement s’explique par des dossiers compromettant que les Russes posséderaient sur le milliardaire. Si cela est le cas je ne doute pas une seconde que tout sera fait pour le prouver afin d’entamer une procédure d’impeachment ce dont rêve l’oligarchie américaine depuis son élection en novembre 2016. Mais peut-être faut-il envisager tout simplement que Donald Trump est un grand président qui a compris que le dialogue avec la Russie était encore le meilleur moyen pour éviter que la nouvelle guerre froide se transforme en 3ème guerre mondiale et qu’une coopération entre Washington et Moscou était une nécessité géopolitique indispensable pour lutter contre les ennemis de l’Occident au sud de la Méditerranée et contenir les ambitions de la Chine.

Donald Trump n’est pas fou. Il est parfaitement lucide sur le risque qu’il prend et a anticipé les réactions de l’establishment démocrate et républicain : « Le plus facile, c’est de ne pas avoir de rencontre, mais il faut la paix et la stabilité, je prends le risque politique pour la paix, quitte à ne pas avoir la paix en politique. » Cependant, il est permis d’être inquiet. La rencontre d’Helsinki est une véritable déclaration de guerre aux partisans de l’Etat profond américain. Ils ne resteront pas sans réagir. Ils ont désormais la certitude que l’hôte de la Maison Blanche est incontrôlable. Ils savent qu’il lui reste encore un peu plus de deux années de présidence pour développer une nouvelle politique étrangère. L’enquête du procureur Mueller, une procédure d’inpeachment sont des cartes que les partisans de l’Etat profond peuvent abattre pour entraver ou se débarasser de Donald Trump. Mais si tout cela échoue, si une perspective d’une réélection de Donald Trump devait poindre à l’horizon qui sait de quoi ils seraient capables.

D.B.

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