Un populisme au pouvoir ou un populisme de pouvoir ?

L’Italie suscite un immense espoir parmi les européistes identitaires en Europe de l’Ouest. Il y a encore dix ans il était impossible d’envisager qu’un tel parti puisse arriver au pouvoir dans un pays aussi important que l’Italie. Certes, il y avait eu des expériences qui avaient vu une alliance entre conservateurs et ce que les médias mainstream ont pris la fâcheuse habitude de nommer « l’extrême droite ». Mais il s’agissait de pays qui n’avaient pas le même poids que l’Italie (Autriche, Pays-Bas, Danemark) ou qui se situaient en dehors de l’Union européenne (Norvège, Suisse). La Hongrie, la République tchèque ou encore la Pologne avaient montré la voie mais les spécialistes s’accordaient pour dire que ces expériences d’Europe de l’Est étaient difficilement transposables à l’Ouest du continent. De surcroît dans un pays aussi important et fondateur de l’Union européenne.

C’est pourquoi le choc est si violent pour les européistes cosmopolites. Il faut s’attendre, vous vous doutez bien, aux attaques médiatiques incessantes contre ce gouvernement italien. Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous parler aujourd’hui. Nous verrons bien assez tôt ce qui se passera. J’ai commencé par vous parler d’espoir. C’est vrai. Mais il y aussi des craintes, nombreuses, d’un échec de Matteo Salvini. Je vous renvoie aux nombreux articles que j’ai pu écrire à ce sujet dans la rubrique Italie. Mais de cette expérience surgira nécessairement un débat qui concernera les cinq nations principales de l’Ouest européen que sont la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume Uni et l’Espagne. Ce débat est le suivant : pour faire triompher nos idées vaut-il mieux accéder directement au pouvoir, afin de les mettre concrètement en oeuvre, ou vaut-il mieux exercer une influence extérieure suffisamment forte pour obliger nos adversaires à en tenir compte ? Non, je ne suis pas fou. Et je vais vous le prouver.

En Bavière, le ministre-président de ce land, Markus Söder, a fait adopter une loi obligeant tous les bâtiments publics à accrocher un crucifix à leur entrée. Ce qui est intéressant c’est la justification avancée par Markus Söder. Le vocabulaire utilisé n’est pas innocent : « Le crucifix est non seulement un symbole religieux, mais aussi un symbole d’identité« . Et le texte de la loi enfonce le clou en stipulant qu’elle est un signe de « reconnaissance de l’identité bavaroise » et les crucifix « l’expression d’une empreinte historique et culturelle« . On dirait pratiquement du Philippe Vardon… Bien entendu, tout cela n’arrive pas par hasard. La Bavière connaîtra le 14 octobre prochain des élections régionales. L’Union chrétienne-sociale (CSU) qui dirige ce land depuis 1958, pourrait perdre sa majorité absolue. En effet, les identitaires de l’Alternative für Deutschland (AFD) ont le vent en poupe. Ce parti accuse la CSU, qui est membre de la coalition gouvernementale d’Angela Merkel à Berlin, d’être coresponsable de la catastrophique politique migratoire de la chancelière et de l’expansion de l’islam dans le pays. Vous comprenez mieux désormais comment et pourquoi cette loi sur les crucifix a pu voir le jour.

L’AFD, bien que n’étant pas au pouvoir, a aujourd’hui suffisamment d’emprise sur la société allemande pour influencer directement les autorités. Lorsque l’expérience gouvernementale de Matteo Salvini prendra fin se posera inévitablement la question de savoir si cela a été une réussite ou un échec. Si la réponse venait à être négative, ce que je ne souhaite pas, surgira indubitablement une seconde interrogation pour l’ensemble des identitaires européens des principales nations de l’Europe de l’Ouest. Vaut-il mieux un populisme au pouvoir ou un populisme de pouvoir ?

D.B.

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Catégories :Allemagne, Italie, Union européenne

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