Italie : de la démocratie selon Bruxelles

Dimanche soir, à la suite du coup d’Etat opéré par Sergio Mattarella, je m’interrogeais sur la finalité de cette stratégie (ici). Pourquoi refuser l’investiture à un gouvernement populiste alors que les sondages révélaient que de nouvelles élections renforceraient cette coalition. Cela n’avait à priori aucune logique. Ce mardi j’ai eu la réponse. Le journaliste Bernd Thomas Riegert a dévoilé la philosophie qui domine à Bruxelles concernant la crise politique que traverse l’Italie. Il a en effet révélé dans un tweet, depuis supprimé, un extrait d’un entretien avec le commissaire européen au Budget et aux Ressources humaines, l’Allemand Günther Oettinger, dans lequel ce dernier déclare : « Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter ».

Voici donc la stratégie qui doit empêcher l’arrivée d’une coalition populiste au pouvoir à Rome. Provoquer une crise financière et monétaire pour dissuader les Italiens de voter pour les partis qui déplaisent aux européistes cosmopolites de Bruxelles. A dire vrai il ne s’agit que d’une demi surprise. Ce que je pressentais est arrivé (ici) : « Sans compter qu’ils pourront toujours disposer du soutien des spéculateurs de l’acabit de Georges Soros pour déstabiliser ce gouvernement si le besoin s’en faisait sentir en attaquant la dette italienne pour étrangler le pays par une hausse des taux d’intérêt à 10 ans ». Mais alors que j’imaginais que cette tactique serait utilisée pour faire chuter ce gouvernement afin de discréditer ses choix économiques auprès des opinions publiques italiennes et européennes, la surprise vient du fait qu’elle est utilisée pour l’empêcher d’accéder au pouvoir.

L’offensive est brutale. Le taux italien à dix ans a ainsi dépassé la barre des 3 %, un plus haut depuis juin 2014. Le taux italien à deux ans s’est aussi envolé, atteignant 2,49 % contre 0,9 % à la clôture lundi. Les bourses de Milan et Madrid ont plongé, les valeurs bancaires étant les plus malmenées. Il semble que tout sera fait d’ici les prochaines élections législatives pour effrayer la population italienne afin, comme l’a si bien dit ce commissaire européen, l’amener à bien voter. La réaction de Matteo Salvini ne s’est pas faite attendre : « Nous avons travaillé pendant des semaines, jour et nuit, pour faire naître un gouvernement qui défende les intérêts des citoyens italiens. Mais quelqu’un (sur la pression de qui ?) nous a dit non. Jamais plus, l’Italie ne sera le serviteur de quelqu’un, l’Italie n’est pas une colonie, nous ne sommes pas esclaves des Allemands ou des Français ». Reste à savoir qui, de la saine colère de Matteo Salvini ou de la politique de terreur planifiée par Günther Oettinger, s’avérera la plus persuasive auprès du peuple italien.

D.B.

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