Un petit pas vers l’Europa First ?

Ne boudons pas notre plaisir. Tout ce qui permet de s’éloigner de la désastreuse politique étrangère de la France de l’ère Hollande est une excellente chose. C’est ce qui s’est passé lors de la visite du président français en Russie. Au-delà des nombreux contrats économiques signés entre les deux pays, c’est au niveau géopolitique et si je puis dire civilisationnel que l’inflexion française est la plus intéressante.

Au niveau géopolitique la diplomatie française revient à la raison. Sur le dossier syrien on a eu la confirmation que la France ne cherchait plus à renverser le gouvernement en place. Emmanuel Macron est même allé plus loin en reconnaissant que le gouvernement syrien actuel possédait « la légitimité contemporaine ». Des mots très forts qui marquent une véritable rupture avec le duo infernal François Hollande-Laurent Fabius et qui entérinent la victoire stratégique de Vladimir Poutine dans la région.

Sur la question du nucléaire iranien le « Tsar » a fait un pas vers « Jupiter ». La Russie accepte la proposition française qui consiste à élargir les discussions au programme balistique iranien et à l’influence régionale de Téhéran. Il s’agit pour les deux pays de sauver l’accord mis en danger par la décision de Donald Trump de s’en retirer. Le soutien de Moscou ne sera pas de trop pour tenter de faire fléchir les Iraniens.

Enfin, sur le dossier ukrainien le président français a fait preuve d’une remarquable discrétion. C’est pourtant la question ukrainienne qui est à l’origine des sanctions économiques stupides des pays européens à l’encontre de la Russie. Emmanuel Macron s’est contenté de réaffirmer son soutien aux accords de Minsk pour régler la crise dans le Donbass. Service minimum. Quant à la Crimée la question a littéralement fait pschitttt. Le président français a soigneusement évité de froisser le maître des lieux.

Mais c’est sur le plan civilisationnel qu’Emmanuel Macron a été le plus surprenant. Il n’a pas hésité à proclamer que « les Russes sont Européens. je tiens à cet ancrage européen de la Russie« . Plus extraordinaire encore sa réponse concernant une intégration de la Russie dans l’Union européenne.

Je vous laisse imaginer la tête de certains lorsqu’ils ont entendu ce discours. Je connais certains Young leaders et autres chevaux de Troie des intérêts des Etats-Unis, qui ont du s’étouffer. « Dîtes Bernard Guetta et Romain Goupil, pourquoi vous toussez ? ». Certes, il ne faut pas s’enflammer. Nous sommes encore à des années lumières d’une géopolitique européenne intelligente prenant prioritairement en compte la défense de ses intérêts. L’Europa First n’est pas encore pour demain. Mais ce plaidoyer d’Emmanuel Macron envers la Russie s’inscrit dans une prise de conscience d’une partie des Européens que les temps sont en train de changer.

Face à une Amérique de plus en plus nationaliste, et dont les intérêts géopolitiques coïncident de moins en moins avec ceux des Européens, ces derniers doivent impérativement mettre fin à cette folle politique des sanctions antirusses. Des voix de plus en plus nombreuses commencent à s’élever, notamment en Allemagne, pour dénoncer l’aveuglement de Bruxelles et la politique européenne des Etats-Unis qui peut se résumer à la maxime : « Diviser pour mieux régner ».

Le président Vladimir Poutine a d’ailleurs invité les entreprises européennes à se joindre au projet Nord Stream 2 lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg : «L’entreprise française énergétique Engie fait déjà partie du projet Nord Stream 2. Nous saluerons de nouveaux participants, y compris l’entreprise française Total. Nous serons contents d’élargir la liste des participants par des entreprises européennes, car ce projet est en effet européen».

La coopération avec la Russie est en effet indispensable pour les Européens. Que l’on pense à nos intérêts économiques et énergétiques, que l’on pense à la stabilisation des Balkans, que l’on pense à la réunification de Chypre, que l’on pense à l’endiguement d’une puissance turque de plus en plus agressive, que l’on pense au règlement de la crise ukrainienne, nous avons besoin de la Russie. Bien davantage qu’elle n’a besoin de nous. C’est précisément parce que nous assistons sur notre continent au retour du tragique dans l’histoire que nous devons opérer ce changement de paradigme. Il devient urgent de le comprendre.

D.B.

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Catégories :France, Russie, Union européenne

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