Marion Maréchal désormais à son compte pour redessiner la droite

ANALYSE – À distance de l’arène politique, l’ancienne députée FN suit patiemment une stratégie de long terme, qu’elle est l’une des rares à pouvoir se permettre, décrypte Guillaume Tabard.

Une autre méthode (une école de formation, et plus le Parlement), un autre calendrier (le travail à long terme, et plus la réaction à chaud), un autre nom (le patronyme Le Pen désormais abandonné), Marion Maréchal poursuit son engagement politique par d’autres moyens.

Son projet, fédérer la droite conservatrice, «la droite enracinée et entrepreneuriale» comme elle l’a dit dans Valeurs actuelles, est en effet un chantier de longue haleine. Dont le succès ne dépend pas que d’elle. Il se heurte même à la donne actuelle qui se caractérise par une incompatibilité entre la stratégie de Laurent Wauquiez et celle de Marine Le Pen. Le président des Républicains veut attirer à lui les électeurs du Front national quand la présidente du FN veut rendre inutile un parti de droite coincé entre elle et Emmanuel Macron. Et pour l’un comme pour l’autre, cette stratégie passe par le refus absolu de toute alliance électorale et partisane. Le calcul de Marion Maréchal est inverse: croire que la recherche d’une alternative à Emmanuel Macron passera obligatoirement par l’addition d’électorats aujourd’hui séparés ; donc par un rapprochement des structures de la droite. Impensable aujourd’hui. L’avenir d’une telle entreprise passe par conséquent par un double échec. Et celui de Laurent Wauquiez, et celui de Marine Le Pen. Ce qui ne pourra se vérifier, au plus tôt, qu’à la prochaine élection présidentielle, en 2022.

C’est pourquoi Marion Maréchal s’inscrit dans le temps long. Parce que le cadre politique lui oblige ; parce que l’état civil le lui permet – elle n’a toujours que 28 ans ; parce qu’elle n’a pas l’envie personnelle de redescendre dès maintenant et pleinement dans l’arène. Comme un tableau de Magritte, cette séquence où elle refait parler d’elle pourrait s’intituler: «Ceci n’est pas un retour». Et pour cause, elle appartient d’ores et déjà à la catégorie des responsables politiques qui n’ont pas besoin de parler publiquement pour que l’on parle d’eux. En février, la simple annonce de sa présence à un forum à Washington avait suffi à entraîner une avalanche d’articles – et à faire de l’ombre au congrès du FN qui suivait. De même aujourd’hui, la seule annonce de son Institut de sciences sociales, économiques et politiques (Issep) est perçue comme un acte politique fort, avant même son lancement effectif. Installée dans le Top 10 de tous les sondages, elle a l’assurance qu’une «marque Marion» est ancrée solidement et durablement dans le paysage politique.

Son intervention le 31 mai à un colloque du magazine L’Incorrect sur le thème «Débranchons mai 68», tombe – troublante coïncidence – la veille de la transformation, à Lyon, du FN en Rassemblement national ; un parti qui, sans qu’elle l’ait quitté, n’est plus le sien. Comme en témoigne aussi l’évolution de son patronyme, Marion Maréchal, est désormais à son compte. Non pas seule, mais libre. Indépendante et affranchie, première condition pour écrire un nouveau chapitre. De son histoire personnelle. Et de celle de la droite peut-être.

Source : Le Figaro

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